L'énigme du Saint Suaire

Propos liminaires :

Pourquoi me suis-je intéressé à cette question ? Je ne connaissais pas l’histoire du linceul et son mystère avant d’avoir atteint l’âge adulte. On n’en a jamais parlé en famille. Bien que baptisé, je n’avais jamais « pratiqué », ni assisté à une messe depuis ma communion. À dix-sept ans, j’étais plutôt agnostique, anticlérical, parfaitement bien formé par mon professeur de philosophie au lycée public à la dialectique communiste. Tout s’expliquait par la lutte des classes, le matérialisme. La religion était l’opium du peuple, la Vérité ne pouvait venir que de la Science, et non de stupides superstitions d’arriérés. Bien entendu, j’ai voté lors de mon premier scrutin de citoyen majeur pour François Mitterrand, vomissant Giscard représentant le grand capital pour choisir la pureté socialiste...

« Si on n’est pas communiste à 20 ans, c’est qu’on n’a pas de cœur. Si on l’est toujours à 40 ans, c’est qu’on n’a pas de tête ». La paternité de la citation est discutée : on parle de Clémenceau, de Churchill...  Je l’ai entendue la première fois dans la bouche de Jean d’Ormesson qui l’aurait apprise de son père à son intention. Je l’ai adoptée pour expliquer mes errances de jeunesse.  Depuis j’ai compris qu’il y avait au moins autant de voyous et de manipulateurs à gauche qu’à droite et qu’un citoyen libre est quelqu’un qui se documente et réfléchit par lui-même.

L’âge venant, j’ai éprouvé une carence en spiritualité, ce qui n’a pas fait de moi un converti béat, mais un individu toujours en recherche, en proie au doute raisonnable, enclin à davantage de tolérance. Je me suis posé des questions, refusant d’accepter pour argent comptant les injonctions du politiquement correct, m’intéressant profondément à l’Histoire des hommes, et donc nécessairement aux religions et à leurs dogmes, à leurs rapports avec la Science, aux penseurs laïcs, aux philosophes, aux idéologies, etc.

Nombreux parmi mes amis ou mes parents ne voudraient même pas commencer à s’interroger sur le mystère du Saint Suaire, parce que pour eux, si j’ose dire, « la messe est dite ». Il s’agit forcément d’un canular, au mieux d’une œuvre habile réalisée par quelque génie du Moyen-âge. Quel soulagement pour eux quand les médias ont annoncé par tous les canaux possibles, qu’il était un faux remontant au XIIIe siècle, et que cette conclusion implacable reposait sur l’infaillible datation au carbone 14 ! À l’époque, j’ai enregistré sans broncher cette « vérité », l’ai acceptée comme telle, sans être ni déçu ni perturbé, car elle était pour moi parfaitement logique. Il ne pouvait s’agir que d’une supercherie, même si je ne connaissais pas l’objet en question. Il me suffisait d’entendre que des « croyants » — donc pour moi des benêts ou des escrocs — soutenaient son authenticité, face à des scientifiques, pour que mon opinion soit faite. 

Aller au-delà des apparences. Ne rien accepter sans vérifier. Être ouvert à ce qui vous paraît d’emblée absurde. En toute humilité, mais en toute lucidité.

C’est par ce chemin (de Damas?) que je me suis penché sur le mystère persistant et si troublant du Saint Suaire, pour quiconque prend simplement la peine de le regarder. J’ai alors fait l’effort d’ingurgiter nombre d’ouvrages traitant du sujet, parfois vieux d’un siècle, écrits souvent par d’érudits savants, de visionner des heures de vidéos et reportages pour me forger une conviction. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il déchaîne les passions et provoque des prises de position tranchées, bien plus politiques que scientifiques. Les plus caricaturaux opposants à l’authenticité se disqualifient eux-mêmes par le ridicule de leurs démonstrations que seuls les nostalgiques des procès staliniens peuvent gober. Ceux qui s’affirment sournoisement parmi les plus objectifs tronquent les informations pour finir toujours par retomber sur l’infaillibilité de l’examen au carbone 14, feignant d’ignorer qu’il a été rapidement démenti par les savants eux-mêmes, y compris par ceux qui l’avaient pratiqué. De nos jours, ils ajoutent quelquefois : « des croyants continuent malgré tout à avoir foi en son authenticité ». En limitant ses défenseurs à cette catégorie, on laisse entendre qu’il ne s’agit alors que d’une superstition de bigots obstinés, réactionnaires, probablement proches de « l’Action française » : ce n’est pas aussi infamant que d’être traité de fasciste, mais suffisamment pour en faire des repoussoirs avec lesquels il n’est pas question de s’associer, même en pensée. Le but est atteint. On passe sous silence le fait que des dizaines de scientifiques réputés ont conclu dans leurs travaux qu’il était authentique. Dans la bataille du « pour » et du « contre », les partisans du second groupe demeurent largement plus nombreux, et surtout disposent des relais les plus efficaces dans l’opinion. Il y a longtemps que je sais que la majorité ne détient pas forcément la vérité, dès lors qu’elle est vulnérable à la manipulation dont les médias sont souvent les vecteurs.

Il m’a donc fallu reconstituer le puzzle, trier et vérifier les informations, pour en présenter une synthèse, ainsi que des problématiques rencontrées et des arguments développés. J’étais convaincu de trouver les preuves irréfutables de la création d’une fausse relique, et ce, facilement, tant il en a été fabriqué au Moyen-âge, ce qui ne m’aurait en rien étonné : je connais la duplicité et la cupidité des hommes. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Des intérêts puissants s’acharnaient à nier les conclusions scientifiques. Pourquoi craindre à ce point l’authenticité devenait la question essentielle. Le plus surprenant fut pour moi de constater l’attitude de l’Église dans cette affaire. On se serait attendu à ce qu’elle défende bec et ongles sa plus précieuse relique, mais  au contraire elle se satisfit dans l’urgence des résultats de l’examen au carbone 14 qu’elle avait elle-même commandé, la déclassa aussitôt au rang d’icône et montra son plus grand embarras lorsque des savants renommés du monde entier ruinèrent la crédibilité de l’expérience à peine quelques mois après.

Voici donc l’histoire du Linceul mystérieux qui perturbe tant les esprits.

Certains enchaînements temporels forment toutefois des hypothèses, même s’ils sont les plus vraisemblables, en ce qui concerne son parcours en pointillés depuis Jérusalem, en passant par Édesse, Byzance, Athènes, Lirey, Chambéry, et enfin Turin. On trouve assurément sa trace bien avant le Moyen-âge. Mais il « disparaît » de la circulation pendant de longues périodes troublées, ce qui est explicable. Ce ne sont pas ces éléments-là qui déterminent si oui ou non le linge est authentique.

Pour nombre de chrétiens d’Occident jusqu’au XIVe siècle, il est inconnu, mais il ne l’est pas pour ceux d’Orient qui le vénèrent. Il est certes remarquable à plus d’un titre, mais il n’intéresse pas les scientifiques jusqu’à ce qu’une photographie d’amateur révèle l’impensable à la fin du XIXe. L’image parfaite, détaillée, jamais vue auparavant d’un homme torturé, portant les marques de la crucifixion, et tous les stigmates de la passion du Christ. Elle apparaît sur ce qui aurait dû être le négatif de l’épreuve, et présente toutes les caractéristiques d’un positif. C’est le Linceul qui sert de support au négatif! Sur lui on ne voit qu’une image floue, monochrome, qu’on ne distingue pas lorsqu’on a le nez dessus, mais seulement à un mètre au moins de distance.

Vous aurez beau me dire qu’un génial faussaire du Moyen-âge a pu réaliser une œuvre qu’il ne voyait pas lui-même au bout de son éventuel pinceau, que ses admirateurs ne verraient pas non plus dans le détail avant cinq siècles, vous ne m’empêcherez pas d’être saisi d’un doute. Vous aurez beau m’affirmer que vous pourriez faire la même chose dans votre garage en imprégnant une statue de peinture et en la couvrant d’un drap pour le retirer ensuite, comme la « démonstration » en a été faite par un sceptique qui a publié sur You Tube son exploit, je resterai dubitatif : le résultat de son barbouillis ne donne qu’une lointaine apparence au modèle, et ne restitue aucune des caractéristiques inédites du suaire mais des traits grossiers et déformés, aucun relief ni profondeur, rien.  Les adversaires de l’authenticité s’en contentent, comme ils sautent sur tout ce qui paraît la contredire, y compris les hypothèses les plus farfelues, quitte à se laisser gagner par la « mauvaise foi » — sans jeu de mots —se prétendant « scientifiques ».

Le défi se compliquera encore un peu plus quand il vous faudra reproduire la tridimensionnalité de l’œuvre révélée tout en ne disposant que d'un support en deux dimensions. Aïe ! Que vous devrez aussi vous passer de peinture ou tout autre pigment, car  on n’en a pas trouvé trace. Que vous ne pourrez imprégner le tissu, mais serez astreint à ne sélectionner que les fibrilles de surface, qui mesurent quelques microns et sont seules colorées par un mystérieux procédé monochrome. Enfin vous devrez faire en sorte que l’image soit thermiquement stable, c’est à dire ne se déforme pas à la chaleur, comme l’aurait fait n’importe quel tableau de maître. Celle-ci a résisté à plusieurs incendies sans perdre ses stupéfiantes caractéristiques!

Si vous n’êtes pas vous-même un artiste et que vous renoncez à l’insurmontable épreuve, rassurez-vous, vous pourrez prétendre, comme un autre sceptique désespéré par son impuissance, faute de meilleure explication, que Léonard de Vinci, le génie, en avait été l’auteur, par espièglerie. Sacré Léonard ! Il rajeunirait encore un peu plus le Saint Suaire, étant né deux cents ans après la première ostension connue en France !

Et si les Grecs du VIe siècle avaient raison en qualifiant l’image « d’achéiropoïète » c’est à dire « non faite de la main de l’homme » ?

S’agissant du Linceul, tout est permis, et parfaitement bien relayé, pour nier son authenticité. S’il s’agissait de parler de Ramsès II, personne ne prendrait la peine de contredire des bataillons de scientifiques, de rejeter leurs compétences ou de les accuser de partialité quand on ne peut ignorer leur sérieux. Mais là, il est question du Christ, ce type qu’on dit ressuscité, fondateur du Christianisme. L’enjeu est incalculable !

Il ne l’est pas seulement pour la globalité du monde, les nations, les religions les unes par rapport aux autres. C’est déjà considérable, et effrayant quand on connaît la fureur qui peut s’emparer des êtres dont on bouleverse les certitudes. Il l’est pour soi-même, car on n’ébranle pas des édifices mentaux sans grands dangers.

C’est troublant n’est-ce pas ? Poursuivez…

Vous allez être très surpris...

 

 

L’Histoire du Linceul 

Traditionnellement, au moment de l’ensevelissement, les Juifs étaient allongés sur un Linceul formé d’une longue bande de tissu rectangulaire, qui était replié par dessus la tête  pour finir de recouvrir tout le corps jusqu’aux pieds. En principe le corps était lavé, sauf s’il était imprégné de sang, celui-ci étant considéré comme le sang de l’âme. Puis il était saupoudré d’aromates pilées, principalement d’aloès et de myrrhes.

Linceul juif

Jésus mort, Joseph d’Arimathie vint demander à Pilate l’autorisation de le décrocher de la Croix pour qu’il soit enseveli avant la nuit, car c’était Shabbat. C’est lui qui fournit le tombeau, qu’il avait fait creuser pour lui, et le linceul, une belle et fine pièce de lin. C’est donc dans la précipitation que Jésus fut enseveli ce Vendredi après midi. Les Pharisiens vinrent d’ailleurs également voir Pilate pour lui demander de faire garder le tombeau, craignant que ses disciples ne s’emparent de la dépouille. Jésus reposa alors dans son suaire, sur une sorte de plan horizontal en pierre, dans une alcôve creusée dans la roche.

Tombeau vide

figuration de l'extérieur du tombeau du Christ telle que décrit dans les évangiles

Il est de type "à meule", permettant de faire rouler une pierre ronde pour en condamner l'entrée.

Joseph d'Arimathie, riche Juif, l'avait fait creuser pour lui-même et l'offrit pour ensevelir Jésus

 

Inte rieur du tombeau

intérieur figuré du tombeau : le corps traditionnellement était allongé dans son suaire sur un banc de pierre creusé dans la roche.

ici, l'image évoque l'épisode d'après la résurrection, lorsque les fidèles découvrirent le tombeau vide et les linges restés sur place

 

 

Le visage du crucifié fut entouré d’une mentonnière, selon l’usage, de manière à éviter l’ouverture béante de la bouche et nouée sur le dessus. Au matin du dimanche suivant, le corps avait disparu, et les disciples accourus s’émurent de son absence, et remarquèrent les «linges». L’évangile de Jean dit du disciple accouru avec Pierre : «Il vit et il crut». Il ne précise pas ce que les disciples firent des linges. La plus grande probabilité est qu’ils emportèrent avec eux ces vénérables reliques. Pourchassés à la fois par les Pharisiens et les Romains, il est non moins probable qu’ils les cachèrent. Le Linceul fut emporté et très probablement dissimulé dans une jarre anonyme. Imprégné de sang, il était considéré comme «shatnez» par les juifs c’est à dire impur, repoussant. C’est la raison pour laquelle il resta longtemps caché et il n’est pas fait mention d’une empreinte corporelle dans les évangiles. Devant l’imminence de la répression romaine menée par Titus, en 70, qui devait conduire à la destruction du Temple de Jérusalem (dont il ne reste plus aujourd'hui pour vestige que le "mur des lamentations") ils fuirent se réfugier chez les Esséniens, à Qumrân, au bord de la Mer Morte. Eux-mêmes avaient caché leurs précieux manuscrits dans des jarres enfouies dans des grottes, qui ne furent découverts qu’en 1947, par crainte des romains qui voulaient éradiquer la culture juive.

 

Qumran1

type d'amphore servant de réceptacle aux manuscrits et probablement au suaire

de Qumrân à Édesse puis Constantinople

Les Chrétiens quittèrent bientôt les Esséniens, pour s’éparpiller dans les cités de la Décapole. Mais une deuxième «guerre des Juifs» devait éclater, avec pour effet le retour de la répression féroce des Romains. En 135 Hadrien écrasa la révolte, fit raser les monuments juifs de Jérusalem et édifier au-dessus une nouvelle cité d’où les Juifs furent chassés : Aelia Capitolina. Les Chrétiens fuirent alors à nouveau, pour se réfugier dans le royaume indépendant d’Édesse. Ils emportèrent avec eux le Linceul, et à sa vue le roi Abgar se convertit au Christianisme en 170. Ce fut le premier royaume Chrétien de l’Histoire.

 

Murailles d e desse

Les murailles d'Édesse

 

Mais en 212 l’Empereur Caracalla s’empara d’Édesse, et les Chrétiens enfouirent le Linceul dans la muraille d’enceinte. Ceux qui le cachèrent disparurent, et avec eux, le secret de son emplacement, jusqu’à ce que les Perses de Chosroès n’assiègent la ville, en 544. En voulant renforcer l’enceinte on retrouva miraculeusement la relique, ce qui galvanisa les défenseurs au point de créer une panique chez les assaillants qui levèrent le siège.  On parle alors de «l’image d’Édesse», qui est en fait le Linceul plié en 8 pour ne faire apparaître que le visage du Christ, et conservée dans un reliquaire en forme de cadre de bois richement orné. L’Empereur Justinien de Byzance protecteur d’Édesse fit alors construire une grande église munie d’une immense coupole, l’Hagia Sophia pour conserver l’insigne relique.

C’est à partir de ce moment que les icônes représentant le Christ cessent de le faire ressembler à un dieu grec, et reproduisent un visage ressemblant à l’empreinte. Au point que certaines icônes byzantines anciennes dessinent une mèche de cheveux frontale prenant la coulée de sang en forme de 3 renversé pour une mèche.

Christ pantocrator cefalu

En 638, les Arabes s’emparent de la ville, mais respectent l’Hagia Sophia et la relique, à condition que le culte des Chrétiens ne s’exercent plus qu’à l’intérieur et non plus en processions. En 942, les Byzantins enfin victorieux des Arabes, négocient un traité de paix bien étrange. Alors qu’ils sont en position de force, ils ne revendiquent pas de territoires, libèrent des centaines de seigneurs arabes sans rançons, et paient un tribut exorbitant contre la restitution de la relique, qui après deux ans de voyage, fait une entrée solennelle à Constantinople qui institue une fête et une liturgie particulière pour le Saint Suaire, le «Sinassarios», le 16 août de chaque année. Pendant deux siècles et demi, les empereurs byzantins vont montrer leur plus précieuse relique à leurs hôtes de marque, rois, et ambassadeurs. 

À ce propos, les "basileus" (empereurs de Byzance) montrèrent la relique au roi de Hongrie et à sa suite. Les témoins tentèrent d'en faire une représentation, inscrite sur un manuscrit que l'on appelle "le codex de Pray".

Jean ii comnene 

Jean II Commène, Basileus

Les Empereurs de Byzance vivaient dans un faste inouï

 

Je reproduis ici un extrait de ce qui est dit à ce propos sur l'excellent site http://www.suaire-science.com/autresfaits_pray.htm, qui indique : 

"Le Codex de Pray (du nom du jésuite qui l’étudia pour la première fois) est un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de Budapest et qui a pu être daté avec précision et certitude de 1192 à 1195.

Il contient une miniature représentant dans la partie supérieure le Christ mort et dans sa partie inférieure les saintes femmes au tombeau avec ce qui semble bien être un suaire.

En effet un certain nombre de détails très troublants tendent à identifier ce qui est représenté avec le linceul de Turin actuellement en notre possession.

- le Christ est représenté nu, les mains croisées sur le pubis, comme sur l’image du suaire 

- les doigts sont longs et surtout les pouces ne sont pas représentés, comme sur le suaire

- mais par-dessus tout on retrouve sans ambiguïté des marques rondes correspondant à des trous de brûlures bel et bien présents sur le suaire de Turin. On peut les identifier comme tels avec une quasi-certitude grâce à leur schéma bien particulier : sur la face antérieure (qui porte des chevrons stylisés) : 4 trous en « L » inversé, et sur la face postérieure (marquée par des croix sur le dessin) : 5 trous en « P ». Ces schémas sont identiques sur le dessin et sur le suaire. Ces marques sont bien visibles sur le dessin et laissent peu de place à l’interprétation".

De tail codex de pray

NDLR Remarquez les ronds reproduits fidèlement par le copiste sur le dessin des chevrons

ils correspondent exactement aux trous qui existaient alors sur le suaire dès cette époque et subsistent aujourd'hui.

 

"Aucune raison sérieuse pour l’enlumineur de dessiner ces ronds, suivant ce schéma bien précis, à la place approximative où ils sont sur le suaire sinon de représenter ce qu’il voyait réellement. 

D’où viennent ces marques rondes de brûlures sur le suaire ? Nous ne le savons pas. Il est probable qu’elles ont été causées accidentellement à une date inconnue, antérieure donc à 1195.

Que pouvons nous en conclure ?

Puisqu’il est certain que le manuscrit est antérieur à 1195 et puisqu’il est très probable que le dessinateur ait eu sous les yeux le tissu que nous appelons aujourd’hui le suaire de Turin, alors l’actuel suaire de Turin existait bel et bien avant 1195, soit environ 1 siècle avant la datation au Carbone 14 de 1988 (1260-1390).

Le Codex de Pray est sans doute un des arguments historiques le plus sérieux et convaincant pour mettre en doute la datation au carbone 14".

 

Byzance pillée

En 1204, les croisés transportés et aidés par les Vénitiens par intérêt, détournent la 4ème croisade vers Byzance, et se livrent à un carnage doublé d’un pillage en règle. Moines, soldats, tous se ruent sur ses trésors, et particulièrement les reliques, sources de grands profits, qui vont inonder l’Occident. Le Pape excommunie les pillards de reliques, et quelques croisés sont empalés pour l’exemple. Mais le mal est fait. Et le Linceul va une fois encore disparaître. Othon de la Roche, grand baron français, en charge des reliques récupérées, l’escamote, en quittant Constantinople pour Athènes.

Sac de constantinople 1204

L'assaut sur Constantinople effectué grâce à l'appui déterminant de la flotte vénitienne en 1204

qui donnera lieu au sac et au pillage de Byzance, et précipitera son déclin

 

Le Linceul passe en France

L’éphémère Empereur croisé de Byzance, Baudoin de Flandres, écrasé par les Bulgares appelés à la rescousse par les Byzantins, laisse une ville meurtrie. Apprenant que le Linceul du Christ se trouve à Athènes, dans les bagages d’Othon de la Roche, un parent du dernier empereur Porphyrogénète (= né dans la pourpre) en appelle au Pape Innocent III. Il déclare que les Byzantins ne réclament pas la restitution des trésors matériels de la ville, mais seulement de la précieuse relique. Le Pape est dans l’embarras, tout comme les barons croisés. Othon de la Roche confie alors selon toute probabilité le Linceul aux Templiers qui rentrent en France, sachant qu’ils ne seraient pas contrôlés ni inquiétés.

Templiers

L'intouchable ordre des Templiers au XIIIe siècle

Le fait est que la relique se retrouve en France, et que cent ans plus tard, on accusera notamment les Templiers lors de leur célèbre procès mené à l’instigation du roi Philippe le Bel de «vénérer un mystérieux visage barbu», qui ne pouvait être contemplé qu’après une longue initiation et pour quelques instants seulement... C'était celui du suaire. En effet, le linceul était plié en huit, de manière à ne laisser apparaître que ce visage, pour deux raisons : la première l'était par commodité, pour l'enfermer dans son reliquaire afin de permettre son transport aisé et la possibilité de le dissimuler plus facilement. La seconde, parce que pendant des siècles, on n'osa pas exposer l'intégralité du corps nu du Christ, de face et de dos, image qu'on jugeait impudique et humiliante, et aussi pour des raisons politiques : les peuples grecs d'Orient supportaient mal la prééminence des Romains d'Occident, même si leur empire s'intitulait "romain d'Orient", et cette vision pouvait entraîner des réactions d'hystéries vengeresse à l'égard de ceux qui avaient martyrisé leur Seigneur. Du reste, "l'image d'Édesse", telle qu'elle est connue au départ, ne représentait pour les chrétiens que le visage de Jésus et non son corps tout entier, uniquement révélé à une poignée d'initiés. On peut voir les lignes des pliures du linge qui apparaissent nettement au-dessus et en-dessous de la tête (voir plus loin les photos).

La guerre de cent ans éclate et Geoffroy de Charny, chevalier de l’ordre des Templiers, qui avait épousé Jeanne de Vergy, dont le trisaïeul était Othon de la Roche, demanda en 1347 au Pape d’Avignon Clément VI (qui l’accepta) le privilège d’exposer dans l’église de Lirey le suaire sur lequel apparaissait l’empreinte du Christ «dans un esprit de zèle et de dévotion». L’exposition de la relique attira une foule de pèlerins et renfloua ainsi les finances du seigneur, provoquant la curiosité et bientôt la jalousie de l’evêque de Troyes, Henri de Poitiers, qui tenta alors de faire interdire l’ostension, sans succès. Tué à la bataille de Poitiers en 1356, Geoffroy de Charny laisse sa veuve Jeanne de Vergy et son fils Geoffroy, qui mettent fin à l’ostension en ses temps troublés. Mais en 1389, Geoffroy II demande au Pape Clément VII (d'Avignon, considéré par l'Église comme un "antipape", à ne pas confondre avec l'autre Clément VII, de la famille Médicis qui fut pape de 1523 à 1534) le privilège de procéder à nouveau à des ostensions et s’attire une fois encore l’hostilité du nouvel évêque de Troyes, Pierre d’Arcis, qui le premier dans l’Histoire va évoquer la possibilité d’un faux, peint par un artiste dont il déclare connaître l’identité. Il s’évertue à décrédibiliser le linceul,  parlant «d’habile peinture». Les adversaires de l’authenticité du Linceul se référeront toujours au fait que celui-ci n’est apparu en France qu’en 1349, à Lirey, et sur les lettres au Pape de Pierre d’Arcis. Mais le Pape agacé finira par l’enjoindre de se taire «à jamais», en même temps qu’il reconnaissait au Suaire le qualificatif de «relique». Il est tout à fait probable que les plus hauts dignitaires de l'Église de France et leur pape connaissaient parfaitement le cheminement du Linceul depuis le sac de Byzance et les circonstances de son passage en France, tout en gardant le secret, en raison de leur caractère particulièrement embarrassant ...

 

Pape avignon clement7

Clément VII, Pape d'Avignon de 1378 à 1394

 

1453 : Marguerite de Charny cède le Suaire au Duc de Savoie qui le dépose dans la chapelle de son château de Chambéry. Notez que la même année, Constantinople, cité devenue quasi déserte, ruinée et dévastée par la peste, qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, ayant perdu tout son empire, succombe définitivement aux assauts du Sultan Turc Mehmed II, et deviendra "Istanbul". Les Croisés et les Vénitiens de 1204 auront bien aidé les Turcs! C'en est fini de la Chrétienté d'Orient qui bascule dans le monde musulman. Les Ducs de Savoie peuvent désormais exposer au grand jour le Saint Suaire, sans crainte d'une revendication des Byzantins disparus, et ils commenceront très vite les ostensions publiques.

1532 : Un violent incendie éclate, détruit le reliquaire fait de bois, d’argent et de plomb, qui, sous l’effet de la chaleur intense, coule sur le Suaire alors plié traditionnellement en huit, occasionnant des dégâts importants visibles encore aujourd’hui; mais l’empreinte n’est pas abîmée, et reste intacte : l’image est thermiquement stable, contrairement à toute sorte de peinture. Le suaire est rapiécé par les clarisses de Chambéry, et doublé d’une toile de Hollande. Devant les menaces françaises d’annexion de la Savoie, le suaire sera transféré à Turin où il est depuis.

 

Le st suaire de turin

Le Saint Suaire, exposé dans la cathédrale de Turin

 

La photo révélatrice

1898 : L’avocat italien Secondo Pia photographia en amateur pour la première fois le Saint Suaire à l’intérieur de la chapelle des Ducs de Savoie. Sur la plaque du photographe, on découvre l’image en positif, extrêmement détaillée, du corps nu d’un homme crucifié et portant les stigmates précises de la passion du Christ. L’empreinte visible à l’oeil nu sur le linceul présente alors par contraste les caractéristiques d’un négatif, à l’exception des traces de sang, qui apparaissent en positif. Cette photographie va faire le tour du monde, et déclencher les passions.

Recto verso 1

images apparaissant à l'œil nu sur le linceul, présentant la face et le dos du corps entier de "l'homme du linceul"

à l'exception des traces de sang, qui apparaissent en "positif", l'empreinte présente toutes les caractéristiques d'un "négatif photographique".

 

Positif face homme du linceul

Résultat apparu sur la plaque de Pia : ce qui aurait dû être un "négatif" est en réalité un "positif", c'est à dire la véritable photographie extrêmement détaillée invisible sur le linceul lui-même à l'œil nu. Si faussaire il y a, celui-ci aurait donc créé une œuvre dont ni lui ni ses contemporains n'auraient perçu les détails... 

Positif dos de l homme du linceul

Incroyables détails anatomiques parfaits, invisibles sur le linceul lui-même, révélés à la fin du XIXe siècle

par la photographie!

 

Immédiatement, on accuse Pia d’être un faussaire. Il n’en est rien. Mais le phénomène commence à intéresser les scientifiques. Les travaux du Professeur Delage, en 1902, confirme le mystère de l’empreinte «non faite de la main de l’homme» mais ses conclusions se heurtent à l’hostilité de l’Académie des Sciences dont il est membre, ce qui motive sa réaction: «Une question religieuse a été introduite sans aucune nécessité dans un problème, qui, en soi, est purement scientifique, avec pour résultat que les passions se sont échauffées et que la raison s’est égarée. S’il s’était agi de Sargon, d’Achille ou d’un Pharaon, personne n’aurait songé à faire objection...En traitant cette matière, j’ai été fidèle au véritable esprit de la Science, j’ai recherché seulement la vérité, sans m’inquiéter le moins du monde que cela puisse heurter les intérêts de tel ou tel groupe de pensée... Je considère le Christ comme un personnage historique et je ne comprends pas que l’on puisse trouver scandaleux qu’il y ait encore de nos jours des traces matérielles de sa vie...» En 1931, le photographe professionnel Guiseppe Enrié prend une série de clichés dont la précision renforce le mystère. Les détails laissent apparaître les impacts du fouet romain, le flagrum, la tête et la nuque criblée de blessures, la trace des clous dans «l’espace de Destot» c’est à dire dans les poignets et non les mains, des pieds joints et cloués ensemble, une plaie au flanc droit, des hématomes à l’oeil et au visage, un nez cassé, des genoux contusionnés... Le tout avec une précision anatomique stupéfiante en tous points conforme au récit des évangiles, de quoi attiser encore un peu plus la curiosité des scientifiques.

 

Ne gatif visage du linceul

Le visage, tel qu'il nous apparaît à l'œil nu sur le linceul : remarquez ce qu'on a pris pour une "mèche" frontale, et qui en réalité est un caillot de sang lentement formé sur les rides de la souffrance et qui proviennent de la couronne d'épines. 

Remarquez également les lignes franches au-dessus et en dessous du visage, qui correspondent aux pliures du linge en huit, dans son reliquaire.

 

Visage positif linceul

 

Ce qui aurait dû être un négatif, révèle au contraire un visage très détaillé, un nez cassé, le sang de la couronne d'épines, la pommette tuméfiée etc. détails stupéfiants de réalisme, conformes à la vérité anatomique, et reflet exact de ceux rapportés par les évangiles...

 

Le sang sur le Linceul

Le Docteur Barbet, chirurgien, spécialiste en traumatologie, qui avait oeuvré dans les tranchées pendant la 1ère guerre mondiale, est formel : les traces de sang sont en tous points conformes à la physiologie sanguine, ses lois de coagulation, son cheminement sur le corps en fonction de sa position. Il déclare : «Je défie un peintre moderne, à moins qu’il soit chirurgien, qu’il connaisse à fond la physiologie de la coagulation et qu’il ait médité longuement sur tous les avatars possibles de ce mince filet de sang, se coagulant lentement au milieu des obstacles, d’imaginer et de réaliser cette image de caillot frontal... Ce caillot aussi criant de vérité que sur le vivant, il y a de quoi écoeurer un physiologiste et un chirurgien». Pour lui, les oeuvres picturales «représentent des plaies sans rapport avec la réalité, les artistes peignent des coulées de sang à bords plus ou moins parallèles, bien heureux quand ils respectent les lois de l’apesanteur... Mais ce sont des coulées de sang liquide; ce ne sont pas des caillots. Et ils croient faire du réalisme!» Il démontrera également que seule la crucifixion par les poignets permet la suspension du corps, et que l’opération provoque la rétractation des pouces. Or l’empreinte des mains sur le Linceul ne laisse apparaître que quatre doigts...

Le tissus passé au crible par les scientifiques

D’autres scientifiques vont alors prendre le relais. Des experts en tissus vont confirmer l’origine moyen-orientale, et particulièrement de la ville de Sidon (ce qui donnera l’origine du mot sydoine pour le suaire), le type de tissage en chevrons du 1er siècle dit «3 lie 1», du blanchiment du lin à la manière juive. Le professeur Max Frei, expert international en criminologie, botaniste et directeur de laboratoire de police de Zurich, retracera à travers l’étude des pollens présents sur le suaire son itinéraire, de la région de Jérusalem à la France en passant par la Turquie actuelle... Sur 49 pollens identifiés, 29 attestent un passage en Palestine...

Aucune peinture, mais un mystérieux encryptage en 3D...

En 1976, sous la Direction du Dr John Jackson, physicien de l’US Air Force, une équipe de 40 savants créent le «Shroud of Turin’s Research Project» (Sturp) assistés de 400 spécialistes dans les domaines de la Physique, la biophysique, la Chimie, la Photographie, la Pathologie, la Traumatologie, l’Optique, pour tenter de comprendre le procédé de formation de l’image du linceul. Ils relèveront la stabilité thermique de l’empreinte, chimique et à l’eau, l’absence de pigments, de tracés directionnels (alors qu'un peintre laisse toujours des tracés directionnels sur ses peintures), la sur-information de détails anatomiques, enfin la tridimensionnalité de l’image démontrée par l’analyseur d’images VP8 (voir les explications détaillées ci-dessous) conçu pour le programme spatial de la Nasa. Ils démontrent après 100.000 heures de travail cumulées qu’il ne peut s’agir d’une peinture, et que l’image, non-reproductible par quelque procédé connu que ce soit, recèle un codage tridimensionnel dans une structure en deux dimensions, l’image plate du linceul.

Linceul en 3d

L'image ici reproduite provient du blog de Thierry Castex à l'adresse :

http://thierrycastex.blogspot.fr/2012/09/vues-3d-de-la-face-dorsale-du-linceul.html

Ils découvrent également que l’image est isotrope, qu’elle ne touche que les fibres supérieures de la trame, mais ne l’imprègne pas. Ce ne sont pas les fibres qui sont colorées, mais les minuscules fibrilles qui s’en échappent, et qui donnent une coloration jaune, de telle sorte que les variations de couleur plus ou moins intenses du linceul viennent uniquement de la proportion de fibrilles colorées par rapport à celles restées blanches d’un endroit à l’autre. Comment un faussaire ou un artiste pourrait-il atteindre sélectivement la pointe des fibrilles dont le diamètre n’a que quelque dizaines de microns? 1978 : Par des tests extrêmement poussés, faisant appel à toutes les techniques disponibles, le Professeur Pierluigi Baima Bollone établit que les coulées que le docteur Barbet avait qualifié de sang au regard de ses observations, étaient bien du sang. A la veille des années 90, le statut du linceul semblait basculer définitivement dans celui d’une relique authentique, celle du véritable linceul du Christ dont on ne pouvait ni expliquer ni reproduire l’empreinte, et dont l’image semblait encryptée par un procédé inconnu. De ces observations les scientifiques déduisirent que le corps était lui-même la source de l’image du linceul, et que la coloration de l’image en chaque point était fonction de la distance qui séparait le corps du linceul en ce point, expliquant ainsi le dégradé qui va des zones de contact à coloration maximale aux zones les plus claires, sans contour...

 

Explications sur le mystérieux encryptage en 3D: je reproduis ici des extraits des explications très claires portées sur le site http://www.linceul-turin.com/science-saint-suaire-linceul-turin/photos/3D.html

La tridimensionnalité de l'image du linceul de Turin. Explication et démonstration

"C'est l'une des propriétés les plus extraordinaires du linceul de Turin. Elle a été découverte, tout au moins dans toute son ampleur, en 1976 lorsque deux scientifiques de la NASA, Jumper et Jackson utilisèrent un logiciel de la NASA, le VP8, qui permet de représenter en 3 dimensions un objet en fonction de l'intensité lumineuse de chaque point de cet objet. Avec ce logiciel, plus une zone de l'image analysée est claire, plus elle apparaîtra en relief, « haute » sur l'écran et réciproquement.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que dans la réalité il n'y a pas nécessairement corrélation entre hauteur topographique (relief réel) et quantité de lumière renvoyée: une zone réfléchissant beaucoup la lumière au fond d'un ravin (un lac par exemple) apparaîtra en relief (en hauteur) avec le VP8 ce qui ne correspondra pas à la réalité.
Autrement dit, le VP8 ne restituera le véritable relief en 3D d’un objet que si, et seulement si, l’intensité lumineuse de l’image 2D en chaque point est fonction de la topographie réelle de l’objet photographié. Si on analyse, comme cela a été fait de nombreuses fois des peintures ou même des photographies à l'aide du VP8, on obtient immanquablement une image plus ou moins déformée.
Pourquoi ?
Pour donner un effet de relief à son tableau, un peintre jouera sur les ombres et les lumières c'est à dire imaginera (ou reproduira ce qu'il voit s'il travaille avec un modèle) une source de lumière externe. Les parties en relief d'un visage par exemple seront représentées comme plus claires que les creux et il y aura une ombre portée. Ceci donne une illusion de réalisme mais une illusion seulement. Si cette peinture est ensuite analysée au VP8, l'ombre portée du nez par exemple sera traduite par un creux.
Autrement dit, la toile (en 2 dimensions) du peintre ne porte pas l'information tridimensionnelle réelle de son modèle. Il en est de même pour une photographie et pour tout objet tridimensionnel reproduit sur un plan (photo, dessin, peinture etc.). 
Fondamentalement, ceci traduit le fait que tout objet du monde réel n'est vu que parce qu'il est éclairé par une source lumineuse extérieure".

Visage 3d homme du linceul
image provenant de l'excellent site de Sébastien Cataldo à l'adresse

 http://www.linceul-turin.com/science-saint-suaire-linceul-turin/photos/3D.html

 

L'affaire du carbone 14

C’est dans ce contexte qu’intervint «l’affaire du carbone 14». A la demande de l’Église, une analyse au carbone 14 est réalisée par trois laboratoires, ceux d’Oxford, de Zurich et de Tucson, coordonnée par le Professeur Tite du Brittish Museum. L’échantillon recueilli est choisi par l’Église, et constitué d’un rectangle de quelques centimètres carrés situés sur les bords du linceul. Le résultat tombe, annoncé devant la presse du monde entier par le Professeur Tite : 1260/1390, avec un taux de confiance de 95%. Aussitôt, le Cardinal Ballestrero, Custode c’est à dire gardien officiel du Linceul, s’empresse de déclarer : «En remettant à la Science l’appréciation de ses résultats, l’Église reconfirme son respect et sa vénération pour cette vénérable icône du Christ, qui reste objet de culte pour les fidèles, en cohérence avec l’attitude toujours exprimée vis-à-vis du Saint Suaire, dans lequel la valeur de l’image prédomine sur l’éventuelle valeur de pièce historique...» Ainsi, l’Église déclassifie le Linceul de relique en icône, et le cardinal en rajoute : «Je n’ai jamais considéré le Suaire comme une relique». Voilà qui est bien étrange...

1260 1390

Le professeur Tite (au centre) annonçant en 1988 une datation au carbone 14 entre 1260 et 1390 en conférence de presse

il se déjugera dès l'année suivante lors du symposium de Paris, contredit par les scientifiques réunis, sans que l'information ne bénéficie de la même couverture médiatique...

 

Un double statut scientifique : vrai et faux

Très vite, le résultat des tests du carbone 14 apparaissent suspects : Ainsi, reléguant toutes les études scientifiques, le travail de centaines de chercheurs, le seul résultat de ce test remettait tout en cause, comme un jugement infaillible. Le Linceul serait l’oeuvre d’un faussaire, génial, utilisant une technique inconnue, infalsifiable, non-reproductible, une oeuvre monochrome, dont les détails stupéfiants de réalisme restaient aussi bien invisibles aux yeux de l’artiste qu’aux yeux de ses contemporains!  Mais le plus curieux fut la précipitation des autorités religieuses à déclasser le Linceul, à admettre immédiatement un résultat contredisant un siècle de recherches menées par des scientifiques indépendants. Ceux-ci n’allaient pas se laisser faire, et l’enquête sur les conditions de réalisation du test et ses conclusions allait rapidement  révéler des anomalies troublantes. C’était la première fois que l’analyse au carbone 14 était réalisée sans confrontation scientifique interdisciplinaire : d’ordinaire, les résultats sont confrontés à ceux d’autres disciplines, telle l’archéologie. Car les résultats «bruts» des tests au carbone 14 ont eu leurs ratés, comme ceux de l’homme de Lindow, daté entre 300 av JC et 500 après, le site de Jarmo daté de 4700 à 10000 ans avant JC, soit 5300 ans d’écart, ou ces coquilles d’escargots vivants datés de 24000 ans avant JC... Ce ne fut pas le cas ici, et le Professeur Tite affirmera : «Je crois que le radiocarbone est la seule certitude»... Pourtant, à y regarder de près, les scientifiques sceptiques relèveront que le taux de signification relevé dans l’étude globale n’était que de 5%... C’est à dire qu’il n’y avait que 5% de chances que les trois laboratoires aient mesuré la même chose! D’autres ont fait remarqué les multiples manques à la procédure de datation, l’interruption opportune du film par «panne de la caméra» qui filmait les opérations de prélèvements sur le Linceul, la différence de poids des échantillons par rapport au poids moyen de chaque centimètre carré du Linceul, le choix de l’endroit pour le prélèvement, correspondant aux zones rapiécées au XVIème siècle après l’incendie de Chambéry, et même noteront avec trouble un don d’un million de livres sterling à l’Université d’Oxford au motif «qu’elle avait démontré l’année dernière que le suaire de Turin était un faux médiéval», pour la création d’une nouvelle chaire occupée par... le Professeur Tite, du Brittish Museum, propre coordonateur de la datation au carbone 14...

Devant l’anomalie majeure que constituait le double statut scientifique du Linceul, vrai et faux, des scientifiques de renommée mondiale, se réunirent à Paris en 1989, pour une étude épistémologique, c’est à dire destinée à trancher scientifiquement le statut du Linceul, en prenant en compte chaque point étudié jusqu’à présent, y compris les tests au carbone 14 dont la crédibilité s’effondra. A l’issue de ce symposium, le Professeur Tite, qui y avait été invité, se résigna à apposer sa signature sur le document final qui démontrait scientifiquement que le Linceul n’était pas un faux... Pour autant, cette conclusion restait insuffisante. Personne n’osa franchir le pas pour conclure que le Linceul était bien celui de Jésus Christ. Les scientifiques interrogés point par point sur chacune des caractéristiques du Linceul savaient dire ce qu’il n’était pas - un faux - mais ne voulaient conclure sur l’identité du Crucifié du Linceul.  Pressé par les questions des journalistes, le professeur John Heller répondit : «Rien ne permet de réfuter cette évidence, à savoir qu’un corps d’homme flagellé et crucifié y avait bien été enseveli. Sur l’identité du Crucifié, la Science ne peut en aucune manière répondre à cette question, et le Suaire demeure ce qu’il a toujours été depuis des siècles, un mystère». La presse ne donna pas du tout le même écho aux conclusions du symposium qu’à l’annonce des résultats douteux du carbone 14. Bien au contraire, et les journaux les plus sérieux relayèrent les hypothèses les plus fantaisistes visant à prouver que le Linceul était un faux, comme ces grossières réalisations faites par des amateurs dans leur garage, et donnèrent abondamment la parole à des «spécialistes» qui avancèrent toutes sortes d’hypothèses dans ce sens. Cet acharnement médiatique était attendu, mais bien plus étrange était l’attitude de l’Église. Elle s’était crue débarrassée du problème de l’encombrante relique après l’annonce du Professeur Tite, or on venait de réaffirmer scientifiquement son caractère authentique dans un symposium de sommités internationales, avec pour point d’orgue le reniement de ce même Professeur Tite...

Restait une étape, celle de déterminer scientifiquement l’identité du crucifié. Ce fut l’objectif du symposium de Rome, dont la composition s’élargit encore à d’autres scientifiques, notamment russes, qui firent sensation en ridiculisant les laboratoires occidentaux responsables de la datation au carbone 14 controversée. L’Église cette fois tenta de s’y introduire par l’intermédiaire du Professeur Lejeune, sommité mondiale , qui avait reçu les plus hautes distinctions en matière de recherche génétique, entré à l’Académie des Sciences Pontificales en 1974. Le Pape Jean Paul II accorda par courtoisie à deux représentants du Symposium qui allait s’ouvrir à Rome de se mêler au groupe des personnes reçues en audience publique. 

Jean paul ii

Jean Paul II : "ce n'est pas le moment..." le moment de quoi?

L'ambiguité de l'Église

Lors de cette fameuse audience publique, le coordonateur du symposium de Rome, Arnaud Aaron Upinsky, Mathématicien, épistémologue, expert en systèmes logiques, et le Professeur Lejeune étaient présents. Le premier eut l’audace d’interpeller le Pape par ses mots : «Quel support comptez vous apporter au Linceul de Turin?». Comme le Pape s’éloignait sans répondre, il répéta sa question, Jean Paul II répondit simplement : «Ce n’est pas le moment» et le Professeur Lejeune, intime du Pape, rajouta précipitamment à l’intention d’Arnaud Upinsky : «d’en parler». Mais le plus stupéfiant fut le détournement calculé des conclusions du symposium, quelques jours plus tard à l’initiative de ce même professeur Lejeune. En effet, les travaux démontraient en 18 points non seulement l’authenticité du Linceul,  mais également  l’identité de Jésus. Ils constataient notamment dans le 18ème point, l’inexplicable état de l’empreinte du corps et du sang du linceul, sans aucun arrachement de fibrilles du lin et des fibrines du sang, alors que si l’on avait retiré le cadavre du linceul, le sang frais aurait nécessairement entrainé pour décoller le linceul un arrachement de ses fibrilles. Or les décalques du Linceul étaient parfaitement intactes, entiers, reproduisant l’image familière des caillots. On nota que le cadavre du crucifié présentait des plaies correspondant en tout point aux cinq supplices infligés à Jésus de Nazareth, et il n’y a que deux sorties possibles pour un cadavre : soit la putréfaction, mais alors on aurait retrouvé sur le linceul des cristaux de putréfaction qui auraient détruit l’image. Soit l’enlèvement du corps mais dans ce cas l’arrachement du corps aurait laissé des traces sur le tissu. Le premier communiqué de conclusion du symposium de Rome, le 12 juin 1993, indiquait ceci : «Si la Science soumet l’évaluation du Linceul au même niveau d’exigence épistémologique que celui qui est régulièrement utilisé en Science pour évaluer les phénomènes physiques, chimiques, etc... elle ne peut que conclure à l’authenticité scientifique, c’est à dire affirmer que l’Homme du Linceul est bien Jésus de Nazareth, personnage historique mort crucifié vers l’an 30 de notre ère». 

Mais un contre-communiqué fut rédigé en urgence par le Professeur Lejeune, qui, à la place des deux points essentiels - authenticité et processus inconnu de séparation du corps du linge - indiqua : «D’après les expériences du Dr Kouznetsov, des causes d’erreur non connues en 1988 ont pu aboutir à une datation trop récente (1260/1390). D’après les données historiques et iconographiques, les particularités du Suaire qui est à Turin ont été observées dès le XIIème siècle (en référence au Codex Pray de 1192/1195)». Le but de ce communiqué était de réduire à néant les conclusions du symposium et de reporter le débat vers un rajeunissement d’un siècle ou deux du Linceul... La complicité du «pôle religieux» et des dateurs au carbone 14 apparurent alors évidentes...

Cardinaux

L'incendie de 1997

Ainsi la plus célèbre relique de la Chrétienté, ayant pendant des siècles été qualifiée d’authentique, par les Byzantins et l’Église de Rome, était lâchée par ceux-là même qui l’avaient vénérée. Au point de chercher à contrecarrer à tout prix la lente construction des scientifiques qui durant un siècle avaient accumulé les indices d’authenticité, en provoquant, en pilotant les tests au carbone 14 que l’opinion publique jugeait infaillible. Puis en se ralliant publiquement et immédiatement à ses conclusions, au point d’arriver à une position absurde : réaffirmer son attachement à cette pièce de tissu et la vénération de l’image «évocatrice du Christ», même fausse, au risque de sombrer dans l'idolâtrie.

Un incendie inexpliqué éclate dans la nuit du 11 avril 1997, à 23h. D’une rare violence, il détruit la chapelle en travaux, vieille de trois siècles dans laquelle était entreposée le Saint Suaire. Mais il a été déplacé de quelques mètres vers l’intérieur de la cathédrale, pour permettre les travaux. Mario Tromatore, un pompier de repos ce soir-là, accourt porter main forte à ses collègues. Il prend l’initiative de sauver le Linceul quand plus personne ne s'approche du brasier. Regardez ci-dessous la vidéo filmée sur un téléphone portable. Mario porte un simple jean, ayant enfilé à la va-vite un casque et une veste rouge de pompier.  Il est seul à s’acharner à coups de masse pour briser les vitres pare-balles qui protègent le reliquaire. La foule s’est déjà amassée sur le parvis. À quelques mètres, la température atteindra quelque mille degrés. Mais le pompier, épuisé, a réussi, et emporte sur son épaule le Suaire intact vers l’extérieur. Il dira avoir été guidé par une voix pour trouver le point faible de la carapace de verre... tandis qu’un religieux déclare : «Il est regrettable que le Linceul de Turin n’ait pas été détruit dans l’incendie; cela aurait mis fin aux polémiques»...

Cliquez ici pour voir la vidéo filmée sur téléphone portable de l'incendie de 1997 et le sauvetage du Saint Suaire

par Mario Tromatore qui brise les vitres blindées à coup de masse

http://linceuldeturin.info/html/1997.04.12_LSF_video.html

 

Conclusion

La religion est l’opium du Peuple, a-t-on dit, et la Science le délivre des croyances superstitieuses. Pourtant, c’est la Science qui s’est obstinée à rechercher la Vérité, et la Religion qui maintenant s’en effraie. C’est là pour moi le plus grand mystère du Linceul.

Peut-être parce qu’au bout du chemin la conclusion scientifique est une «vérité impossible». Cela expliquerait peut-être l'attitude ambiguë de l'Église. Je pense qu'elle est convaincue de l'authenticité de sa relique la plus précieuse, mais n'étant plus en phase d'extension, de revendication, de conquête des esprits, mais au contraire de repli, de négociation, soucieuse d'œcuménisme, ne voulant en aucun cas provoquer de vagues, de réactions passionnées, voire violentes, elle préfère la voir "déclassée" plutôt que d'assumer ses stupéfiantes révélations. Il n'est pas non plus exclu que sa hiérarchie dédaigne de laisser penser que la Foi ait besoin de preuve pour se justifier. 

 Pourtant cette extraordinaire pièce de lin continue à distiller des informations nouvelles invisibles à l’origine, qui se révèlent par étapes du progrès scientifique. Les scientifiques parlent maintenant d'encryptage mystérieux en 3D. Jean Paul II disait qu’un peu de Science éloignait de Dieu, et que beaucoup de Science l’en approche... 

À suivre...

JYC

Bibliographie : 

Contre enquête sur le Saint Suaire, par Maria Grazia Siliato, (France Loisirs)

L'énigme du Linceul, "La prophétie de l'an 2000", d'Arnaud-Aaron Upinsky, chez Fayard

L'Église à l'épreuve du Linceul, du même auteur, éditions François-Xavier de Guibert

Le visage de Jésus-Christ et son linceul, de Paul de Gail, éditions France-Empire

Le Linceul du ressuscité, de Dominique Daguet, éditions du Jubilé

Comment Jésus est devenu Dieu, par Frédéric Lenoir, éditions Fayard, également sorti en livre de poche

Et les sites dont les liens sont mentionnés dans le texte...

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