Confucius

Confucius, de son nom chinois Kong, prénom Qiu, appelé aussi Kongfuzi (Maître Kong)

551 av JC - 479 av JC

Confucius

 

NDLR : Avant d'évoquer les citations de celui que les chinois appelaient Kongfuzi (Maître Kong), et que les jésuites français ont latinisé en Confucius au XVIIème siècle,  il est à mon avis nécessaire de dire quelques mots sur la Chine et son institution Impériale où il est né et où il vécut.

 

 

 

La Chine ancienne, postérieure au néolithique, à l’âge de bronze, a compté trois dynasties légendaires, successivement les Xia, les Shang et les Zhou, dont les territoires se jouxtaient et étaient situés dans le nord de la Chine actuelle, autour du fleuve jaune. Les Shang par exemple, dominants sur sept siècles, ont compté sept capitales successives, et les fouilles entreprises au XXème siècle ont révélé l’existence de palais royaux et de cités fortifiées par de formidables ouvrages. L’art des bronzes Shang demeure l’un des plus grands accomplissements de l’humanité en termes artistiques. Il s’agissait à l’évidence d’une société très raffinée pour son temps. La famille régnante utilisait des rituels élaborés et spectaculaires pour manifester sa puissance et son droit à gouverner. Il y avait en particulier des rites chamaniques au cours desquels le prêtre, ou le chaman, qui était souvent le souverain lui-même, communiquait avec les esprits des ancêtres pour être guidé par eux et s’assurer de leur protection. Les Shang avaient en outre bâti une puissance militaire capable de soumettre leurs voisins par l’usage de chars de guerre. Mais ils étaient aussi de grands bâtisseurs et organisaient l’administration de leur empire de manière très méthodique. En outre, l’importance du culte des ancêtres et des autres forces de la Nature leur conféraient une légitimité particulière et constituaient le ciment de leur pouvoir. De suzerains des Zhou, ils en devinrent les vassaux lorsque ceux-ci les vainquirent vers 1040 av JC. Shang et Zhou fusionnèrent leurs familles ce qui créa une certaine continuité du pouvoir royal mais les Zhou donnèrent à la légitimité un nouveau fondement théorique : Le concept de mandat du Ciel. Là où les Shang avaient gouverné dans la vénération de leurs propres ancêtres et dans la recherche de leur approbation, les Zhou prétendirent que l’autorité procédait d’une divinité plus globale et impersonnelle, le Ciel (tian) dont le mandat (tianming) pouvait être conféré à n’importe quelle famille que le prestige moral rendait digne de porter la responsabilité du gouvernement. D’après cette doctrine, le souverain tenait son autorité d’une force morale supérieure qui guidait la communauté humaine tout entière. A la différence des monarchies occidentales de droit divin, où la naissance suffisait, la doctrine chinoise du mandat du ciel posait un critère moral comme condition d’accès au trône. La tâche du souverain était de façonner l’unité culturelle sur laquelle reposait l’unité politique incarnée dans un État universel. Il a pour cela développé très tôt une bureaucratie omniprésente instituant la prééminence de l’État qui fut dès l’origine le pouvoir principal dans la société chinoise, et les comportements exemplaires, les rites, la morale et l’endoctrinement furent toujours considérés en Chine comme des moyens au service du gouvernement. Il faut ajouter que l’Empereur avait le monopole de la violence militaire. Si l’État et l’ordre social reposaient sur le fonctionnement militaro-liturgique du pouvoir, les royaumes combattants favorisèrent également, assez paradoxalement, l’épanouissement d’un âge de philosophes en quête de fondements théoriques de ce même pouvoir. Outre Confucius et Mencius, le plus important de ses disciples, nombreux furent les penseurs influents qui vécurent à cette époque (on parle de cent écoles). C’est avec leurs contemporains, les grands maîtres tels Bouddha en Inde, Socrate, Platon, Aristote en Grèce, que ces hommes forment ce que l’on a appelé «l’âge axial» époque où ces antiques civilisations élaborèrent leurs modes de pensée fondamentaux. La Chine de nos jours reste profondément imprégnée par la prééminence de l’État centralisé et le «confucianisme» dont il va être question.

Zhou

Maître Kong : Un destin singulier

Confucius est le fils naturel d’un très haut fonctionnaire qui conseille le Premier ministre de la principauté de Lu, et qui, ayant eu neuf filles de son mariage, a, à 64 ans, une aventure avec une très jeune fille, Zheng Zai, dont naîtra Confucius. Ce père meurt sans avoir reconnu l’enfant et sa mère ne lui révèle pas le secret de sa naissance. Ils vivent pauvres. Mais à 17 ans il est déjà connu pour sa mémoire, sa culture et travaille dans l’Administration de Lu à un rang bien moins élevé que feu son père.  Il est si brillant qu’il devient à 26 ans  l’équivalent d’un ministre des Travaux publics d’aujourd’hui.

Un souverain voisin, le duc de Jin, vint rendre visite à l’État de Lu, et demanda à le rencontrer, tant sa réputation était grande. Il lui demanda à quoi il reconnaîtrait un bon roi. D’une phrase majeure qui fixe à jamais l’importance du sens donné aux mots et aux concepts, pour lui comme pour toute société organisée, il répondit: «le roi doit être un vrai roi, les ministres de vrais ministres, les pères de vrais pères et les fils de vrais fils». Autrement dit, quand nul n’est à sa place, quand les princes et les pères sont indignes de leur fonction, quand le peuple ne sait plus distinguer le bien du mal, c’est l’anarchie. La soumission au père et au prince garantit la cohésion des familles et celles du pays.  Confucius s’inscrit dans une démarche d’ordre et de conservatisme d’un équilibre immuable et naturel, garant d’un bon équilibre de la société et des individus dans le sens d’une harmonie générale. Pour Confucius, le sens des mots doit être clair pour que la Loi soit correctement appliquée, d’où une précision recherchée dans les textes. «Le sage n’emploie jamais de termes vagues». Il n’a pas été une sorte d’ermite ou de penseur  solitaire dispensant ses enseignements à des disciples à la manière de Socrate, du moins au début. Il était un fonctionnaire d’État, auquel on a confié parfois des responsabilités importantes et dont il s’est acquitté avec zèle et compétence. Mais il restait exigeant sur le respect des rites et des règles par les souverains locaux qu’il servait et n’hésitait pas à les quitter quand ils ne suivaient pas ses conseils. Il entra alors dans une période d’errance, suivi par ses disciples avec lesquels il entama des dialogues, dissertant sur l’ingratitude des puissants et la nécessité d’être pour soi même un «homme de bien», déterminé par la vertu, le mérite et les compétences. Par là même, il se désigne lui-même. «L’archer a un point commun avec l’homme de bien» dit-il. «Quand sa flèche n’atteint pas le centre de la cible, il en cherche la cause en lui-même. La vraie faute est celle qu’on ne corrige pas». C’est indéniablement un personnage charismatique, exigeant, très intelligent, qui dérange les puissants féodaux et attire à lui toujours plus de disciples, séduits par sa démarche de vérité. «La vertu suprême de l’honnête homme est le respect de soi et des autres» affirme-t-il encore, et quand on lui demande en quoi consiste la piété filiale, il répond : «De nos jours, quiconque assure la subsistance de ses parents passe pour un bon fils. Mais on nourrit bien les chiens et les chevaux : A moins d’y mettre du respect, où est la différence?» 

 

Empereur zhou

De ce code de valeurs les dynasties impériales postérieures, telles les Hans tireront un renforcement de la légitimité de leur pouvoir en reprenant son idée : l’ordre impérial est conforme à celui de l’Univers : il n’est ni fin, ni action; il n’existe qu’un ordre immuable; il n’y a pas d’histoire; tout se réduit à l’Un (Empereur, Territoire, Peuple) L’immobilisme est le sommet de la perfection. Il n’y a pas de cité idéale à construire. Pas de combat à mener. L’organisation de la société doit être fondée sur l’ordre cosmique et sur l’organisation hiérarchique qui en procède, les parents étant supérieurs aux enfants, les hommes aux femmes et les dirigeants au dirigés. Chaque individu se voit donc consigner un rôle. Si chacun remplissait son rôle, alors l’ordre social était maintenu. Comme l’élite était observée, elle dépendait de l’opinion et du jugement moral que la collectivité qui l’entourait formait à son égard. Perdre l’estime du groupe revenait à perdre la face, un désastre auquel le suicide pouvait remédier.

Le Code Confucéen insistait également sur l’idée de «l’action juste et conforme au statut», notamment du souverain, ce en quoi il se démarquait de tout ce qui pouvait avoir cours en Occident. Dans cette théorie du bon exemple, le point essentiel était l’idée de vertu telle qu’elle se déploie dans l’action juste. Il suffit d’agir conformément aux préceptes du rite pour se voir conférer le prestige moral, celui-ci conférant à son tour de l’influence sur le peuple. «La vertu du prince est comme le vent, l’herbe se courbe toujours».

Comme code personnel de conduite, le confucianisme avait pour objectif de faire de chaque individu un être moral, disposé à agir sur des fondements idéaux, à soutenir la vertu contre les errances humaines, et même contre les mauvais souverains.

C’est ainsi que de grands lettrés adeptes du confucianisme furent d’irréductibles opposants à la tyrannie.

Grande muraille 1

Les Hans imposent le confucianisme

Confucius vécut à l’époque de la dynastie dominante des Zhou orientaux. Suivirent les royaumes combattants, puis la réunification par celui que l’on désigna comme le premier empereur, Qin, dont on a retrouvé la tombe enterré avec 7500 combattants de terre cuite. Puis vinrent les Hans, qui régnèrent à la même époque que l’Empire Romain et qui accrurent considérablement la taille de l’Empire et sa puissance. Ceux-ci requéraient la présence de lettrés à la cour pour leur prodiguer des conseils. Ils voyaient dans la promotion de fonctionnaires instruits un moyen de réduire la puissance des anciennes familles aristocratiques. Les Hans acceptèrent alors le confucianisme comme idéologie officielle à laquelle tous les fonctionnaires de l’État devaient être initiés.  Mais ce fut un confucianisme d’État, amalgame de pensée légiste antérieure et de pensée confucéenne. La pensée originelle avait surtout pour ambition de former une élite d’hommes supérieurs, capables à la fois de s’assurer le respect du peuple et de guider la conduite du souverain, et non pas d’éduquer les masses. Ce sont les bureaucrates chinois qui en étaient davantage imprégnés. 

Ainsi le confucianisme ne fut pas une religion ni un dogme, mais plutôt un code moral fondé sur la vertu, le respect et la Justice, dans une vision traditionnelle du Monde.

 

Pour illustrer la pensée du Maître, qui maniait la métaphore comme l’humour, rien de tel que se délecter de ses citations :

 

«Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions». 

 

 

«L’ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments».

 

 

«Le silence est un ami qui ne trahit jamais»

 

 

«Rendez le bien pour le bien et la Justice pour le Mal».

Zhou dynasty bronze

 

«L’homme honorable commence par appliquer ce qu’il veut enseigner. ensuite, il enseigne».

 

 

«Ecoutez beaucoup, afin de diminuer vos doutes; soyez attentifs à ce que vous dîtes, afin de ne rien dire de superflu; alors vous commettrez rarement des fautes».

 

 

«Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas: c’est savoir véritablement». 

 

 

«Il faut se garder de trois fautes : parler sans y être invité, ce qui est impertinence; ne pas parler quand on y est invité, ce qui est dissimulation; parler sans observer les réactions des autres, ce qui est aveuglement».

 

 

«Négligez et vous perdrez. Cherchez et vous trouverez. Mais chercher ne conduit à trouver que si nous cherchons ce qui est en nous»... 

 

 

«Rappelle toi que ton fils n’est pas ton fils mais le fils de son temps».

 

 

«Hélas je n’ai encore vu personne qui aimât la vertu comme on aime la beauté corporelle»

 

 

«Le problème des hommes, c’est qu’ils négligent leur propre champ pour aller ensemencer celui des autres».

 

 

«Lorsque l’on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ça n’est pas forcément le pot qui est vide».

 

 

«L’homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible; il sait se plier mais pas se courber».

 

Il ne fut ni prophète, ni fondateur d’une religion, ni philosophe à la manière occidentale. Mais il figure parmi les grandes figures de l’humanité. Ses idéaux politiques et moraux finirent par marquer d’une empreinte indélébile la société toute entière, s’ancrant dans les mentalités et influençant les us et coutumes du peuple chinois pendant 2000 ans.

Bibliographie conseillée : "Le bonheur selon Confucius : Petit manuel de Sagesse Universelle" (Belfond)

"Histoire de la Chine" John K.Fairbank; Merle Goldman éditions Tallandier.

Pekin la cite interdite

La cité interdite, bien postérieure à Confucius

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